Jean-François Brun, Dominique Pasqualini and Philippe Thomas

INFORMATION FICTION PUBLICITÉ (IFP)
De temps à autre

Jean-François Brun, Dominique Pasqualini and Philippe Thomas de temps a autre

source: artactuel

«Le théâtron des nuages» d’IFP se présente comme une exposition d’art contemporain à caractère historique.
«C’est un rendez-vous que l’on reproduira à l’avenir, en présentant des travaux d’artistes vivants qui ont planté les jalons de la création artistique en France de ces 50 dernières années; et ce, toujours en lien avec la collection du musée» expliquent Alexia Fabre, Conservateur en chef, et Frank Lamy, chargé des expositions temporaires et commissaire de l’exposition IFP aux côtés de David Perreau.
Ce dernier avait organisé l’exposition rétrospective d’IFP présentée fin 2010 au Mamco de Genève, qui avait déjà permis de vérifier l’impact décisif de cette «agence» sur l’art des années 80 — le terme d’«agence», revendiqué par le groupe, prend ici tout son sens compte tenu de son champ d’investigation: la représentation de l’art, sa médiatisation, sa diffusion. De 1984 à 1994, IFP a produit un œuvre qui jalonne aujourd’hui une étape importante de l’histoire de l’art contemporain du XXème siècle; un œuvre qui interrogeait l’art lui-même et ses conditions de monstration.

Le MAC/VAL donne à son tour un éclairage inédit sur IFP, en parfaite association avec les artistes, Jean-François Brun et Dominique Pasqualini et en misant sur une très forte documentation. Si l’exposition ne présente pas de nouvelles pièces – et pour cause, les activités de l’agence cessent en 1994 –, elle associe volontairement les deux protagonistes à son élaboration même, avec la volonté de réactiver, réactualiser, voire même «amplifier» certaines œuvres emblématiques comme les images de ciels nuageux, les bâches, les caissons lumineux ou autres plots, en plaçant le visiteur au centre du processus.

Fondée en 1984 par Jean-François Brun, Dominique Pasqualini et Philippe Thomas réunis sous le label IFP (acronyme de Information Fiction Publicité), l’agence a existé jusqu’à la fin de l’année 1994.
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source: mamcoch

Fondée en 1984 par Jean-François Brun, Dominique Pasqualini et Philippe Thomas réunis sous le label IFP, l’agence a existé jusqu’à la fin de l’année 1994 (en 1985, P. Thomas quitta l’entreprise). Le Mamco propose la première rétrospective de cette entité collective active dans le domaine de l’art pour laquelle « la fonction de l’artiste, c’est de ne plus en avoir » et qui pose notamment la question de la place et de l’identité de l’auteur dans ce qu’il est convenu d’appeler une œuvre.

« Quand l’art nous saisit, il devient alors indifférent de savoir qui l’a effectivement fait : l’artiste, l’industrie avant lui, l’artisan d’après lui, l’espace d’exposition, le regard, le temps. » Pour IFP, la question du producteur, de son repérage et de sa désignation, importe beaucoup moins, dans l’art notamment, que l’activité qui consiste à déjouer la subordination d’une œuvre à la signature d’un individu. IFP est ainsi une personne morale et un logo qui dissolvent l’identité des personnes — des dirigeants — qui les font vivre. On peut même parler ici de marque de la même manière que pour FIAT, Renault ou Apple. Ce sigle (nom de société ou d’agence commerciale), « c’est un emblème, mais c’est aussi éventuellement un diagnostic de ce qu’est l’art, notre définition de l’art en général, à savoir que l’art est une affaire d’information, de fiction et de publicité », disent D. Pasqualini et J.-F. Brun. Le mot publicité qualifie ici ce qui a un caractère public, preuve de la dimension communicationnelle d’IFP qui utilise le langage et les outils de la publicité pour déjouer leur logique. Au moins trois formes récurrentes peuvent être repérées dans cette exposition. Le ciel bleu parcouru de nuages tout d’abord qui est une « image générique » de l’activité de l’agence et qui est décliné, dans une des plus vastes salles du Mamco, en une série de caissons lumineux suspendus qui rappellent de classiques plafonds peints, en une projection et sur de grands panneaux verticaux en bois amovibles. Il s’agit d’une sorte de sigle visuel complémentaire du logo IFP et qui serait une manière de publicité pour le ciel — et donc de publicité impossible — suffisamment répétitive pour être associée à la vie de l’entreprise et trop peu déterminée pour transmettre un message formaté. Une « publicité » dont il resterait à produire soi-même le contenu. Le plot ensuite (deux sont présentés), construction ambiguë, étrange et mélancolique constituée d’un socle circulaire en ciment d’une trentaine de centimètres de haut relié par un câble à une prise électrique. Sur l’objet est inscrit en toutes lettres le nom INFORMATION FICTION PUBLICITÉ accompagné du sigle IFP. S’agit-il du socle d’une sculpture a priori classique, d’un matériel de communication destiné à un salon professionnel, d’un objet minimaliste ou bien d’une forme orpheline sans véritable appartenance généalogique ? Probablement de tout cela en même temps. Enfin Plein feu (1987) et Information Fiction (Publicité) (1988-2010) utilisent des strapontins pour faire œuvre et pour permettre aux spectateurs de participer vraiment au travail en s’asseyant dessus, ou bien alors de regarder les spectateurs regarder les pièces, une façon d’inscrire aussi ce travail a priori austère et économe de ses moyens dans une dimension profondément ludique. Plein Feu ressemble par ailleurs à une vaste intervention de Niele Toroni qui aurait échangé les marques de pinceaux avec des objets concrets et fonctionnels. Ici, IFP fait de ses explorations non personnalisées des outils ouverts qui s’adressent vraiment au public en permettant à ce dernier de donner tout sens à ce que publicité — autrement dit espace public — veut dire (« l’art fait partie prégnante de la vie », soutiennent D. Pasqualini et J.-F. Brun).
IFP a de glorieux antécédents dans l’histoire comme le Bureau des recherches surréalistes et reste, dans l’époque, en bonne compagnie aux côtés de N. E. Thing & Co. ou de General Idea, autant de structures collectives et/ou entrepreneuriales avec lesquelles elle entretient des échos et qui ont toutes, à leur façon, voulu délocaliser le travail artistique. Ainsi auront-elles toutes tenté de dépasser la notion d’auteur pour ouvrir la pratique artistique à une production de formes et de sens non tributaires de la signature d’une personne, laquelle est bien souvent transformée dans le monde de l’art en fétiche autrement dit en un objet ou en un signe dotés d’un pouvoir quasiment tyrannique.