ARNO FABRE

Арно Фабр

Les Souliers

source: highlike
Work: Les Souliers Installation sonore – 2009 Les Souliers est composé d’un ensemble de trente paires de chaussures. Actionnées mécaniquement par des « piétineurs » et pilotées par ordinateur, les chaussures frappent et frottent le sol selon les ordres d’une partition numérique. Le choix des chaussures, leur mise en espace et la partition qu’elles exécutent créent une œuvre singulière que l’on retrouve autant dans un festival de musique contemporaine, une galerie d’art contemporain, une scène électro que lors d’un festival de marionnettes.
Démystification Depuis le début des années 2000, Arno Fabre travaille à l’élaboration de dispositifs associant images, textes et sons, mais aussi – et peut-être même surtout – objets prélevés dans le réel, agencements électroniques et fragments de nature. Son atelier, territoire d’indocilité et d’expérimentation malicieuse, tantôt nid perché à l’écart du monde, tantôt laboratoire dissimulé, tantôt véhicule embusqué (ceux qui l’ont connu se souviendront longtemps de l’inusable C15 diesel au volant duquel il sillonna la France pour la création de Contre-Nature), s’apparente à un espace de recherche poétique et de réflexion critique. Dans son œuvre, de grandes installations côtoient des projets plus confidentiels, plus intimistes. Ses grandes installations ont pour titre Dropper, Les Souliers, Composition pour trois radios, Conte pour radios et robinets, Cloche, BUP, Astragale Zénon l’arpenteur. Ce sont des chefs d’œuvres, au sens ancien d’un «ouvrage auquel un ouvrier met tous ses soins, toute son habileté, pour s’en faire honneur». Souvent, Arno Fabre y scelle une étrange alliance entre les technologies contemporaines et des objets parmi les plus communs de la vie quotidienne : des gouttes d’eau, des chaussures, une cloche, un banc. L’oxymore saute aux yeux. D’un côté le programme, de l’autre l’objet. À l’occasion de cette rencontre fortuite, de cette improbable collision entre le machinique et le familier, se noue une tension poétique aux frontières du burlesque et de l’absurde, laquelle s’impose avec d’autant plus d’efficacité qu’elle entre en résonnance avec le vécu intime de chacun, en même temps qu’elle interroge les mouvements et les soubresauts de notre époque. Dans la plupart des grandes installations d’Arno Fabre, les limites traditionnellement assignées aux arts plastiques se trouvent largement outrepassées. Une porosité évidente s’établit avec le spectacle vivant dans toute l’étendue de son spectre, de la musique au théâtre en passant par la danse. Dans Dropper et Composition pour trois radios, Arno Fabre orchestre des solos et des tutti de gouttes d’eau. S’aventurant sur les chemins de la musique, il y compose des contrepoints et des chœurs. Avec Les Souliers, il chorégraphie des ballets. Pour Astragale Zénon l’arpenteur, il met en scène des discours. Au lieu de discipliner des corps humains sur une scène, il entreprend de mouvoir des objets dans un espace. Musiciens, danseurs et comédiens sont en vacances. « Bannis de la scène » dirait-il. Objets et machines, alors, montent sur le plateau. Si Arno Fabre observe leur anatomie, écoute leurs confidences et consent à satisfaire leurs désirs, c’est pour mieux les diriger, les ordonner et leur offrir cette tension particulière qui les fera paraître autre qu’ils ne le sont d’habitude. Un certain goût pour le désordre et l’irrévérence ainsi qu’un intérêt manifeste pour la cacophonie, le dérèglement et l’improvisation traversent de part en part son univers. Mais ces derniers sont toujours équilibrés par un souci de structure et d’organisation. Au flâneur qui s’en approcherait afin de mieux les écouter et les observer, les installations d’Arno Fabre pourront rappeler certains automates d’antan, mystérieux artifices doués d’une autonomie de mouvement, tels ceux d’un Jacques de Vaucanson au 18ème siècle par exemple. Mais cette parenté sans doute, n’est qu’apparence, car Arno Fabre ne cherche certainement pas les mystifications de l’illusion comme s’il s’agissait d’une fin en soi. Dans ses installations, rien n’est mensonger. Au contraire, tout est apparent. Câbles, capteurs et mécanismes ne sont ni cachés ni camouflés, ils sont ordonnés. Loin de chercher une transgression violente ou une théâtralité spectaculaire, il se joue des effets avec subtilité. Des robots, il semble préférer qu’avec lui nous en riions. S’il manipule le pixel et le mégaoctet, c’est sans doute pour mieux s’affranchir des pesanteurs tyranniques de la technologie, idole d’une modernité à jamais assoiffée de progrès. Dans nombre de ses projets de plus petit format, que ce soient des installations, des performances, des photographies ou des impressions typographiques, Arno Fabre semble poursuivre par d’autres moyens cette entreprise de démystification. Bien souvent, celle-ci prend la forme d’un travail sur le texte privilégiant la citation. Arno Fabre se livre à sa déconstruction, sa collecte et sa contextualisation. Les textes qui passent sous son scalpel appartiennent au patrimoine collectif. Ils sont liés à la tradition, à l’autorité, au pouvoir. Dans Contre-nature et Ne surtout pas l’ignorer, il s’intéresse aux textes législatifs tels qu’ils apparaissent dans les codes. Dans La chambre d’Étienne, il s’empare du Discours de la servitude volontaire d’Étienne de La Boétie, ouvrage philosophique de la Renaissance. Dans Loup y es-tu ?, il part d’une comptine traditionnelle pour développer tous azimuts ses propres interrogations. Dans Translation, il travaille la polysémie des traductions de la Bible. À chaque fois, il coupe dans le matériau verbal, le prélève et le redistribue sous un autre jour. Il en modifie le contexte. Il l’expose comme une œuvre plastique, le soumet à l’épreuve du montage ou de l’espace. À la manière d’un botaniste procédant à un bouturage, il donne au texte une nouvelle vie. Il l’arrache aux forces conjuguées de l’oubli et de l’ignorance. Le spectateur redécouvre les mots. Il est amené à s’interroger sur le sens et l’origine du texte, à questionner sa forme, sa matière. De toute évidence, il ne s’agit jamais pour Arno Fabre d’attaquer l’autorité de manière explicite, de chercher à la contester de façon provocante ou à s’en débarrasser par un acte querelleur qui, de nos jours, pourrait paraître gratuit voire peut-être vain. Il ne s’agit pas non plus pour lui d’essayer de prolonger cette autorité ou de favoriser son aura auprès d’une foule idolâtre. Il s’agit bien plutôt de regarder autrement le pouvoir des mots et les mots du pouvoir, autrement dit de les regarder de façon plus autonome et plus libre. À travers tous ses dispositifs artistiques, Arno Fabre semble commenter notre époque avec ironie, critiquant, interrogeant, n’avançant jamais de certitude ou de dogme mais se jouant toujours des arrogances. Émile Soulier Juin 2013.
Photographer: Arno Fabre
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source: lesabattoirs
1970. Limousin. Enfance rurale et heureuse. Je conduis les tracteurs, observe les oiseaux, escalade les vieux murs, écoute la radio, démonte le piano et joue de la batterie. 1990, diplôme de l’Ecole Nationale Supérieure Louis Lumière – Vaugirard, section photographie. Le besoin d’un rapport physique à la matière, à l’espace et au mouvement me pousse aussi à travailler la pierre, l’architecture et la danse contemporaine. 1994, CAP de tailleur de pierre à Avignon, sculpture et taille de pierre pour les monuments historiques. 1998 post diplôme d’architecture en terre (CRATerre – Ecole d’Architecture de Grenoble). 2001 à 2003, résidence au Fresnoy, studio national des arts contemporains. Depuis 2004, je “vis et travaille” à Toulouse.
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source: scoopit
Sound installation from Arno Fabre – 2009. LES SOULIERS (THE SHOES) is an ensemble of thirty pairs of shoes mechanically queued by tramplers and computer-controls.
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source: arnofabrefreefr
Les Souliers is an ensemble of thirty pairs of shoes mechanically queued by tramplers and computer-controls. These shoes hit and rub the floor to make acoustic music according to an original composition developed by a numerical Midi score (run by max/msp software). The selection of shoes, the composition they perform, and the scenography make a singular work that has been exhibited in international contemporary art and music festivals, along with more unique presentations in electronic arts and puppetry festivals.
Watching someone who walks is a terribly exciting and instructive activity.
Walking is captivating in its physiological complexity. Muscles, bones, joints, sensory organs, and the nervous system form a structure that is capable of causing the displacement of the body while it maintains a dynamic equilibrium. Seeing this “mechanical” system in action is exciting.
In many ways, this careful observation is instructive to distill the richness of understanding the walker. As conscious communication or unconscious expression, walking is another way of speaking that says intimidation, submission, provocation, and even seduction. It also reveals a speech of social affiliation, asymmetries, disorders, injuries, and perversions. Walking is an archaic language marked by the story of a being. It would be a shame to ignore those messages.
The artist, one of whose roles is to observe, must practice this auscultation of walkers … of course.
It is during this rigorous observance that I reconsidered the common foot garment : our shoes! My musings led me to imagine a sound installation, an ensemble of mechanical shoes : Les Souliers.
Thirty pairs of shoes, selected by audition, perform this job. The shoes are provided by generous donors or bought at the flea market; they all have known a wearer and have tread across grounds. They already tell a story. Through customized tramplers, the shoes can move with amazing personality that makes us forget their mechanical drives. They hit, rub, hit & rub, rub & hit in rhythms that vary fast and slow, while also stepping up, down, forward, backward, and all stages in-between. A numerical Midi score guides the shoes precise movements. The composition, like in the selection of the shoes, is as much narrative as it is musical. It is an arrangement that is inspired from the raw sounds of an accumulation of individualized shoes. It can be considered a narrative work that evokes the wanderings of a singular man in certain passages, the rubbing of an unknown folk dance, the galloping of a youth gang, the determination of a military march, or even the independence of dissident foot falls in others.
Behind the burlesque character of these agitated shoes, we may also feel anxiety. An ambiguous feeling of fascination and fear, when talking about how we run the world. In orchestrating an ensemble of shoes, Les Souliers convene ghosts of former wearers and inevitably suggests their absence. In this way, we are confronted with a curious intermingling of dance incantation, contemporary music and derisory trampling.