Eliane Radigue

Islas resonantes

Eliane Radigue   Islas resonantes

source: discogs

Eliane Radigue was born in Paris on January, 24 1932. She studied electroacoustic music techniques at the “Studio d’essai” of the RTF under Pierre Schaeffer and Pierre Henry, later becoming Henry’s assistant at the Studio Apsome in 1967 and 1968. She worked for a year at the New York University School of the Arts in 1970. Her music, its source an ARP 2500 synthesizer and medium recording tape, attracted considerable attention for its sensitive, dappled purity. She was in residence at the electronic music studios of the University of Iowa and California Institute of the Arts in 1973. In 1975, Radigue became a disciple of Tibetan Buddhism. After four years of study, she began a large-scale cycle of works based on the life of the 11th century Tibetan master Milarepa. Radigue’s music has been performed throughout Europe and the United States. She currently lives in Paris, where she continues to compose electronic music and to study the teachings of the Tibetan lamas.

Eliane Radigue works with electronic sounds on tape to create an ambience within which sound seems to move in a continual flow around the listener. Her music has been described as “infinitely discreet … next to which all other music seems to be tugging at one’s sleeve for attention.” Michel Chion in “Les Musiques Electroacoustiques”

She was married to the french artist Arman from 1953 to 1971.
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source: shiiin
c’est un des apanages de la musique minimaliste basée sur des sons longuement tenus, lorsqu’elle est conçue de manière adéquate et irriguée par une réelle inspiration, que d’être susceptible de plonger l’auditeur dans un état second, une sorte de rêve éveillé qui décuple paradoxalement l’acuité de son écoute et lui permet de percevoir les détails les plus infimes et les nuances les plus subtiles de ce qui lui est donné à entendre. c’est à une aventure de ce type que nous convie éliane radigue avec « l’île re-sonante », jusqu’à des confins poétiques qui n’appartiennent qu’à son univers musical.

si cette pièce a été composée pour être écoutée d’une traite et qu’aucun effet de rupture n’y est brutalement marqué, elle offre cependant la particularité d’être constituée d’une succession de séquences qui crée une sorte d’architecture impalpable aux proportions harmonieusement établies. c’est bien d’une oeuvre musicale au sens que l’on donne habituellement à ce terme en occident qu’il s’agit, et non d’un simple environnement sonore à caractère plus ou moins expérimental.

du silence, naît un son qui s’élève peu à peu avec des effets de houle dans l’extrême grave, tandis qu’un peu plus tard, une fréquence aiguë fait son apparition et participe à tout un jeu d’oscillations. dans un miroitement sonore, cette fréquence aiguë qui semble vivre et frémir apparaît à découvert dans le creux des mouvements de houle. la clé du mystère de ce son électronique rendu littéralement vivant tient à une adjonction très progressive d’autres fréquences à la fréquence aiguë initiale, ce qui donne corps peu à peu à une notion de timbre. jusqu’à ce que l’on ait tout à coup l’impression d’entendre, très au loin, comme une sorte de berceuse, de mélodie humaine allant alternativement d’une hauteur sonore à l’autre…

après que les mouvements de houle aient disparu, l’évocation d’une voix chantée que l’on suppose féminine se fait de plus en plus précise. de la superposition progressive de fréquences plus graves, naîtront plus tard les sonorités d’un orgue d’église. formée d’un enchevêtrement de cycles, la masse sonore poursuit inexorablement son chemin, jusqu’à ce que – réalité ou illusion – l’on ait la sensation d’une accélération du tempo et que, peu à peu, la voix chantée réapparaisse et semble se répondre à elle-même en un entrelacement régulier d’échos translucides. les effets de rapidité et de lenteur sont, en fait, des plus relatifs dans cette musique de sons longuement tenus, tant ils se conjuguent avec celui d’immobilité dans le jeu de trompe-l’oreille des interactions des ondes sonores.

suivront de longs moments hypnotiques dans un grand calme méditatif, avec des roulements continus dans les graves et des scintillements dans des aigus parfois rehaussés d’un mystérieux halo sonore, tandis que les mouvements de houle se feront à leur tour berceuse dans la lente progression de la transformation du son.

pour « l’île re-sonante », éliane radigue a trouvé son inspiration dans une image de caractère visuel : l’émergence d’une île des eaux d’un lac dans lequel elle se refléterait. une image tout à la fois « réelle » et fruit d’une illusion optique, les sons renvoyant à une notion de creux – la profondeur de l’eau – et de plein – l’île qui émerge. la compositrice insiste sur le phénomène de la transparence qui a essentiellement donné naissance à l’oeuvre et nous donne une autre source d’inspiration : ce moment particulier, dans la musique classique, où l’oreille n’est plus dans la tonalité qui précédait mais pas encore dans celle qui va suivre.
une période transitoire et fugace d’entière ouverture à un « pas encore » qui serait ici largement prolongée. mais rien – aucune explication, aucune signification – n’est imposé à l’auditeur : tout lui est au contraire proposé pour faire résonner en lui son propre univers intérieur.

qu’il s’agisse des questionnements fondamentaux sur l’art auxquels elle a participé très jeune à nice avec les plasticiens du nouveau réalisme, qu’il s’agisse des recherches de la musique concrète auxquelles elle a collaboré à paris au studio d’essai de la radio française puis aux côtés de pierre henry, qu’il s’agisse des studios de musique électronique de new york et de californie où elle a travaillé au cours des années 70 dans une perspective minimaliste, il est clair qu’éliane radigue a su se forger des outils appropriés pour l’éclosion et le développement de son art personnel.

la réussite d’une pièce telle que « l’île re-sonante » tient au fait que, plus encore que le résultat heureux d’une synthèse des recherches antérieures de la compositrice, elle apparaît comme celui d’un phénomène naturel de l’ordre de l’osmose. c’est une oeuvre parfaitement autonome qui, selon le voeu de son auteur, finit même par échapper à celui-ci par le caractère infini de la diversité des interprétations auxquelles, à chaque écoute, elle peut donner lieu.
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source: straylandings
Few artists working today can claim to have been as innovative as Éliane Radigue. Born in 1932, she became engaged in the vibrant Parisian avant-garde that was so eminent during the 50s, working under Pierre Schaeffer and Pierre Henry, founders of musique concrète. As her sound developed, she specialised in the use of feedback and drones, moving gradually away from the chaotic stylings of Schaeffer and Henry. Almost all of her work in creating these drones has been written for a piece of analogue obscurity; the ARP 2500 synthesiser, a huge piece of hardware that is capable of bellowing rumbles of enormous depth.

In the 1970s, she shared a studio with Laurie Spiegel at New York University to expand her sound. Her focus on reductionism began to align her more closely to the minimalist tradition that was encircling NYC at the time. After 1975 she began to incorporate the practice of meditation and Tibetan Buddhism into her work, which are now completely inseparable from her music. For a few years, she put her music on hold, choosing instead to retreat and study Buddhism. After returning from her studies, she continued to write several masterworks infused by her newly found Buddhist influence, including Trilogie de la Mort, a rumination on death, life and rebirth in the Tibetan tradition.

Sonically, her work is startlingly bare. Often reduced to just one or two notes, there is a pivotal shift in how one is expected to listen to her music. Harmonic and rhythmic features are simply auxiliary, the focus instead on textural subtleties, and the overarching structure that can often last up to three hours. Since 2000, Radigue has focused on writing for acoustic instruments, and playing in groups. One of which is The Lappetites, an improvisational group held with Antye Greie-Ripatti — also known as AGF. Following a discussion of Radigue’s work with AGF, we spoke about the idea of arranging a conversation with Radigue. “She doesn’t use computers” she explained, “so write a letter first to explain your intentions.” Within a week we received a hand-written reply:

“Dear George,

Thank you very much for your kind letter. A lot of interesting questions – but too much to answer by mail. I don’t know if you have sometime an opportunity to come in Paris, in which case I’ll be happy to meet you and talk about it. You can call me about it: xxxxxxxxxxx. Never in the morning – if you hear the answering machine, leave a message – unless I’ll never call back numbers. I don’t know – see you one day – maybe. With my very best,

Éliane Radigue”

Two months later, we were in Radigue’s apartment in central Paris, as she pours us glasses of lemonade. “So”, she says, “what do you want to know?”…